Coups de Cœur

Entropie

Un examen, c’est toujours un peu stressant. Alors un examen de création d’univers, vous imaginez ? Bon, vous n’êtes pas seul à entrer dans la salle, d’autres apprentis vous rejoignent, chacun devant sa console. A vous d’utiliser au mieux vos connaissances et les ressources à votre disposition pour créer l’univers le plus riche, le plus diversifié à l’issue de ce test. Ce n’est peut-être qu’une simulation, mais l’enjeu est bien réel ! Pour savoir si vous êtes prêt à relever ce défi, je vous invite à découvrir avec moi les principes d’Entropie. Après quoi je vous livrerai mon avis personnel sur le jeu.

Une boite aussi colorée pour un eurogame exigeant, c’est assez inhabituel. Et c’est beau !

Principes du jeu

Dans Entropie, vous incarnez un apprenti scientifique passant son examen final : créer des systèmes solaires, faire naître des étoiles, façonner des biomes et, pour finir, ensemencer des planètes de vie. Concrètement, chaque joueur construit devant lui des systèmes solaires composés d’étoiles, de planètes et d’astéroïdes, puis les peuple en jouant des cartes Vie. Le joueur qui totalise le plus de points de victoire (PV) à la fin de la partie l’emporte.

Un tour de jeu

Une partie d’Entropie se joue en un nombre variable de manches, chaque joueur effectuant un seul tour par manche. Un tour se décompose toujours en trois étapes : déplacement, action, mission.

Le déplacement

Lors du mouvement, vous déplacez votre scientifique de 1 à 3 cases dans le sens horaire autour du plateau central. Vous devez vous arrêter sur une case d’action. Deux possibilités s’offrent à vous :

  • une case extérieure, portée par une tuile Action (placée aléatoirement autour du plateau en début de partie);
  • une case du cercle intérieur, qui porte les actions principales, et impose de poser son jeton Création correspondant (ou son jeton Création joker) devant la case.

C’est là que se cache le premier casse-tête du jeu : un jeton Création posé n’est plus disponible tant que vous ne l’avez pas récupéré. Pour cela, il suffit que votre scientifique passe dessus lors d’un déplacement ultérieur. Chaque jeton ainsi récupéré vous permet d’activer une de vos étoiles ou de gagner 1 entropie. Il faut donc planifier ses trajets plusieurs tours à l’avance.

Une fois arrivé, on résout le bonus de trafic de la case. Plus vous avez avancé, moins le bonus est intéressant. De plus, atterrir sur une case déjà occupée par un scientifique compte pour une case de déplacement supplémentaire, ce qui peut vous coûter votre bonus. Et si vous avez avancé de 3 cases pour atterrir sur le scientifique d’un adversaire, vous devez en plus payer 1 entropie !

Les actions

Une fois le bonus de trafic résolu, vous effectuez l’action de la case. Elles sont au nombre de neuf, dont trois principales activables uniquement au moyen du jeton Création correspondant :

  • Faire évoluer une étoile : échanger une de vos étoiles contre une étoile du palier supérieur en payant de l’énergie, ou en créer une nouvelle de niveau 1 ;
  • Agréger une planète : acheter une planète avec de la masse, déclencher son effet, puis la placer dans l’un de vos systèmes solaires ;
  • Créer la vie : jouer une carte Vie sur l’une de vos planètes, à condition que la planète, ses astéroïdes et l’étoile de son système réunissent les conditions de vie exigées (chaleur, carbone, eau, radiation).
L’espace de chaque joueur sera constitué des différents systèmes stellaires qu’il crée, avec planètes, astéroïdes, biomes et les formes de vie associées

Les autres actions sont :

  • Activer ses étoiles : déclencher l’effet de vos étoiles en payant de l’entropie (avec un rabais que vous améliorez en avançant sur la piste du générateur) ;
  • Ajouter un biome : poser une tuile Biome à côté d’une planète. Ses capacités sont déclenchées par certaines cases d’action et s’améliorent une fois ses conditions remplies ;
  • Améliorer sa console : dépenser de l’énergie pour faire monter d’un palier une carte Focus, liée à l’un de vos jetons Création, ce qui octroie des bonus lorsque le jeton est utilisé ;
  • Prendre des cartes Vie ;
  • Attraper un astéroïde : dépenser de la masse ou une forme de vie pour le placer sur une planète et déclencher à nouveau l’effet de cette dernière ;
  • Soupe primordiale : faire avancer votre marqueur de générateur et gagner 1 masse et 1 énergie.

À tout moment durant cette étape, vous pouvez aussi échanger gratuitement 2 entropies contre 1 énergie ou 1 masse

Les missions et les objectifs

À la fin de votre tour, vous vérifiez si vous avez rempli des missions ou des objectifs :

  • les missions : chaque joueur démarre avec 2 cartes Mission en main. Si vous remplissez la condition d’une des deux, vous pouvez la résoudre pour toucher sa récompense, mais vous devez alors défausser les deux cartes ;
  • les objectifs principaux : trois pistes, dont les conditions de progression figurent sur le plateau (faire évoluer une étoile au palier 3 ou 4, placer un premier astéroïde dans un système solaire, ou remplir la condition d’un biome). Vous avancez votre marqueur d’une case par condition remplie. Un seul joueur peut occuper la dernière case d’une piste ;
  • les objectifs de formes de vie : en atteignant certains seuils de pions bactéries, plantes ou animaux, vous récupérez des tuiles de PV. Les petites tuiles ne se prennent qu’une fois par type, tandis que la grande tuile ouvre la voie vers la fin de la partie.

C’est ensuite au joueur suivant de jouer.

Les illustrations des cartes Vie et des biomes sont à la fois belles et étranges, tout à fait dans le thème de formes de vie inédites.

Les mécaniques d’Entropie

La vie est au cœur du jeu, et elle se construit en deux temps. D’abord, les cartes Vie (bactéries, plantes et animaux) vous fournissent des formes de vie, c’est-à-dire des petits pions de bois à poser près de la planète concernée. Ensuite, ces formes de vie peuvent évoluer : une bactérie devient une plante, qui devient elle-même un animal. Chaque planète peut accueillir au maximum 3 cartes Vie, 2 astéroïdes, 1 biome et 5 pions formes de vie de chaque type, ce qui oblige à bien choisir où investir. Les cartes Vie peuvent par ailleurs être défaussées pour réduire les conditions d’une autre carte, ce qui évite de rester bloqué avec une main pleine de cartes injouables.

Les cartes Focus, quant à elles, apportent une dimension d’optimisation asymétrique très agréable. Chaque amélioration de console transforme un peu votre moteur : un même jeton Création pourra rapporter davantage à chaque fois qu’il sera utilisé.

La console de chaque joueur est l’élément central de son moteur action, avec un set de cartes qui peuvent améliorer ses actions de manière asymétrique

Fin de partie

La fin de partie se déclenche lorsque deux objectifs ont été complétés. Il peut s’agir de n’importe quelle combinaison de :

  • un marqueur joueur atteignant la dernière case d’une piste d’objectif principal ;
  • la prise d’une grande tuile d’objectif de formes de vie.

Dès que c’est le cas, on termine la manche en cours, puis on joue une manche supplémentaire avant de passer au décompte final.

Chaque joueur additionne alors :

  • les PV de ses jetons Victoire ;
  • les PV des tuiles d’objectif de formes de vie récupérées ;
  • les PV des objectifs principaux, selon sa progression sur les pistes et les conditions remplies ;
  • 1 PV pour chaque lot de 4 cartes Vie, entropies, masses et énergies restantes (toutes combinaisons confondues).

Le joueur totalisant le plus de PV remporte la partie. En cas d’égalité, les joueurs concernés partagent la victoire.

Mon verdict

J’ai croisé pour la première fois le jeu Entropie au détour d’une table du Brussels Games Festival. Son plateau circulaire coloré et rempli de tuiles a évidemment attiré mon regard. J’ai ainsi pu profiter d’un début de partie pour en apprendre le pitch et les grandes lignes. Tout ça m’a donné très envie d’y jouer pour confirmer mes premières impressions. Il faut dire qu’à la barre, on retrouve des auteurs qui a eux trois ont sorti des jeux comme Barrage, Newton, Nucleum, Shackleton Base…. tous des jeux que j’adore. Et je n’ai pas été déçu !

Une thématique omniprésente et bien intégrée

A la première lecture les règles d’Entropie peuvent sembler touffues, mais elles sont claires et bien rédigées. Passé la première partie, les retours à la règle ont été rares. Certains détails, comme le timing des actions et des bonus, sont importants mais bien décrits, avec des exemples. J’ai trouvé l’iconographie bien pensée et très utile, notamment sur le déclenchement des bonus ou la localisation d’un effet.

La compréhension globale du jeu est facilitée par l’imbrication logique et plutôt bien thématisée des actions. Les trois actions principales jalonnent les étapes vers un des objectifs du jeu, la création de formes de vie. On y retrouve la création d’étoiles, de planètes, et enfin des formes du vie qui les habitent. Chaque forme de vie possède des exigences, d’autant plus importantes qu’elle est complexe. Celles-ci sont symbolisées par des badges fournis par les étoiles, les planètes et les astéroïdes. On construit donc petit à petit des habitats propices à accueillir ces formes de vie. Les actions secondaires permettent de construire ou renforcer un moteur visant à optimiser ses actions. Classique, mais efficace.

Une mécanique d’actions élégante

L’originalité de la mécanique de rondelle d’actions d’Entropie vient pour moi de l’usage des jetons Création. Leur utilisation impose un rythme à la partie, où on oscille entre la tentation de faire de grands mouvements pour les récupérer au plus vite, et celle des petits pas générateurs de généreux bonus. Ca rend l’action d’amélioration de sa console particulièrement intéressante, car elle permet également de récupérer immédiatement le jeton Création associé à l’action améliorée.

Frustration positive et montée en puissance

Entropie excelle dans un équilibre délicat : la frustration motivante. Au départ, les ressources sont limitées, les actions fortement contraintes. On peine à satisfaire les besoins élémentaires des formes de vie les plus simples, et on ne fait pas grand chose à son tour. Mais graduellement, on construit un moteur qui génère les ressources dont on a besoin, qui déclenche des actions et des bonus en cascade. Cette montée en puissance est très addictive.

Les ombres au tableau

Bien entendu, tout n’est pas parfait. Le matériel est très beau, mais imposant. Ca entraîne une mise en place longue et une rangement laborieux, avec un plateau qui réclame beaucoup d’espace. Si on joue avec peu d’espace ou peu de temps avant la partie suivante, cela peut devenir fastidieux.

Le plateau circulaire d’Entropie est bien rentabilisé, il déborde de matériel ! Il faudra prévoir une place conséquente à table pour y jouer.

Les bonus et combos, bien que très valorisants stratégiquement, ne sont pas toujours simples à suivre. Les bonus peuvent provenir d’une foule d’éléments, biomes, console, plateau central, cartes Vie, planètes… Parfois, il faut vraiment tracer les interactions pour ne rien oublier. Ce n’est pas un problème majeur, mais c’est une source de ralentissements occasionnels, surtout avec des joueurs moins attentifs aux détails.

Quant au multijoueur, on se gène bien un peu sur les pistes d’action. La course aux objectifs demande forcément de surveiller la progression de ses adversaires. Mais sinon l’interaction reste plutôt limitée et l’expérience ludique assez solitaire.

Le mot de la fin

Entropie est un jeu de gestion exigeant, mais très gratifiant. Les mécaniques du jeu sont bien thématisées, la construction de moteur et le déclenchement de grosses combos sont jouissifs. Il demande cependant une concentration de tous les instants pour ne pas se perdre dans les petits détails. Mais au terme de la partie, on a de suite envie de s’y replonger. Et ça c’est plutôt bon signe !

Fiche technique

Conception: Tommaso Battista, Simone Luciani, Nestore Mangone
Illustration: Piotr Sokołowski, Sławomir Rybka, Zbigniew Umgelter, Mikołaj Lasota
Édition: Intrafin
Joueurs: 1-4
Age: 14+
Durée: 90-150 minutes

Auteur / autrice

  • Yves

    Jeux préférés : les jeux de gestion (Scythe, Terraforming Mars, Brass Birmingham, Res Arcana, Barrage, Great Western, Ark Nova, …), les jeux solo (Apex Theropod Deckbuilding, Nemo’s War, 7th Continent, …)
    Autres centres d’intérêt : sciences, chats
    Caractéristique : adore l’optimisation aux p’tits oignons, et oublie toujours le petit grain de sable qui va tout mettre par terre
    Citation favorite : « On ne s’arrête pas de jouer parce qu’on devient vieux; on devient vieux parce qu’on s’arrête de jouer. » George Bernard Shaw
    Instagram : @serialbgamer

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