Coups de Cœur

This War Of Mine

This War of Mine est issu d’une campagne Kickstarter de mai 2016 et est arrivé chez nous au début de l’année passée. Le jeu de plateau est tiré du jeu vidéo du même nom et reprend la thématique et le fonctionnement de celui-ci.

Il est jouable jusqu’à 6 joueurs mais j’ai une petite préférence pour les parties en solo. Et je ne l’ai jamais joué avec plus de 4 joueurs. Et quelle que soit la configuration, c’est un coup de cœur !

Un jeu sur la guerre, mais pas un jeu de guerre

Le plateau de jeu installé

L’histoire du jeu se passe à Pogoren, une ville assiégée, prise sous le feu de l’armée et de différentes milices. Cela a été inspiré par le siège de Sarajevo. Mais ici, ce qui change vraiment par rapport à la plupart des jeux de plateaux habituels, c’est que l’on ne va pas se concentrer sur le conflit en lui-même, mais sur les civils qui tentent tant bien que mal de survivre alors qu’ils subissent un conflit qui ne les concerne pas vraiment. Et franchement, pour une fois, je trouve que ça fait du bien de ne pas aborder les conflits d’un point de vue purement militaire ou tactique, mais plutôt sur le plan humain.

L’angle est nouveau et met mal à l’aise. On est bien plus proche de ces personnages-ci que des héros que l’on a l’habitude d’incarner dans d’autres jeux. Ici, chaque choix et un dilemme et il faudra trouver un équilibre entre notre éthique (ou celle de nos personnages) et nos besoins.

La mécanique est donc principalement basée sur la survie et pas sur le combat. Il est possible de combattre, mais les risques sont tels que l’on essaiera généralement de trouver des solutions plus pacifiques…

Une boîte bien remplie et au rangement assez bien pensé

La boîte prête à être utilisée pendant la partie

 Il y a énormément de matériel : un énorme plateau de jeu, de nombreux paquets de cartes, des jetons en pagaille et quelques éléments en plastique. Sans compter les 12 figurines représentant les différents personnages que l’on pourra incarner. Le tout se range assez bien selon les différentes catégories d’éléments et l’espace est prévu pour pouvoir installer/ranger le jeu assez rapidement (cela reste relatif vu la quantité de matériel, mais la mise en place est en effet bien plus pratique que de nombreux jeux du même acabit). Le seul petit problème apparaît si on doit transporter le jeu : là, tout valdingue et c’est l’hécatombe à l’ouverture ! Mais ça, c’est ce qui se passe dans la plupart des boîtes. 

Une partie des figurines

La version Kickstarter était livrée avec 4 extensions, dont la première est déjà disponible dans le commerce. N’ayant que la version boutique, et sans l’extension supplémentaire, je ne m’attarderai donc pas sur ce que proposent ces modules supplémentaires, le jeu de base étant bien assez dense.

On retrouve aussi un énorme livre de scripts, outil indispensable à la trame narrative du jeu, ainsi qu’un mince feuillet : le journal. Ne cherchez pas les règles, il n’y en a pas !

Pas besoin de lire les règles à l’avance, on les apprendra en jouant

L’installation…  

Pour commencer la partie, il suffit d’ouvrir la première page du journal qui va nous expliquer comment installer le plateau. On tourne ensuite la page et la partie commence. On saura en temps utile quoi faire et comment le faire. Et pour chaque phase du jeu, une F.A.Q. est disponible dans le livret de scripts afin de pouvoir approfondir petit à petit. On pourra aussi y apprendre des règles avancées si le cas se présente.

C’est très particulier de se lancer dans une partie sans rien connaître de la façon dont on devra jouer. On ne sait pas planifier ce qu’il faudra faire, on ne maîtrise même pas encore les différentes phases du jeu. Mais selon moi, cela traduit très bien la situation dans laquelle on se trouve : il faut survivre, on ne sait pas trop comment. On ne sait pas non plus ce qui nous attend par la suite, c’est comme ça, c’est la guerre. On cherche donc à identifier ce qui pourrait nous être le plus utile : se nourrir? Se chauffer? Se reposer? On y va en tâtonnant et on voit comment le jeu réagit.

Des composantes et du bois, deux ressources indispensables

Pour que cette façon d’entrer dans le jeu soit réussie, il faut des règles extrêmement bien rédigées et une structure optimale. Je pense que c’est le cas ici : en cas de besoin, on se réfère aux consignes du journal pour trouver les règles détaillées dans le livre de scripts. Par contre, si je trouve que c’est parfait pour le début de partie, une synthèse de l’ensemble des règles cachée à un seul endroit du livre de scripts aurait pu être utile : cela aurait permis de garder le côté apprentissage au fur et à mesure tout en laissant la possibilité à ceux qui connaissent déjà le jeu de pouvoir se replonger dans l’ensemble des règles facilement. Mais pour moi, c’est un détail et une synthèse fanmade est trouvable sans trop de difficulté pour ceux qui en ont vraiment besoin.

Pour respecter cet effet de surprise sur le fonctionnement du jeu, je vais juste vous détailler les grandes lignes de ce qu’il se passe mais sans entrer dans les détails en profondeur.

Le livre de scripts

C’est lui qui fait le sel du jeu : un livre contenant presque 2000 entrées numérotées. On nous demandera régulièrement pendant le jeu d’aller lire le texte à un certain endroit du livre. Cela crée de l’imprévu et ajoute un côté narratif extrêmement savoureux. Il est très rare de tomber sur un passage que l’on a déjà lu et la rejouabilité est donc énorme ! Perso, c’est le moment du jeu que je préfère : aller découvrir ce qu’il se passe, même si malheureusement, c’est souvent assez négatif.

Pour assurer une imprévisibilité entre ces différents évènements, il sont générés aléatoirement en liant une couleur à une carte correspondant à l’action entreprise. Cela nous renvoie vers un numéro de script. Et souvent, il faudra y faire des choix qui ne seront pas simples : va-t-on donner des médicaments à ces enfants qui veulent soigner leur mère ou les garde-t-on pour nous…?

Ici on tire une couleur : le gris !

On se réfère à la carte que l’on nous indique, ici une carte exploration

Et on va voir en 497 !

Et sinon, c’est quoi le but ?

Survivre, tout simplement. La partie est une succession de plusieurs journées, on ne sait pas exactement combien. On attend juste la fin de la guerre. Si on arrive au bout et qu’au moins un de nos 3 personnages de départ est non seulement encore en vie, mais aussi relativement en bonne santé, la partie est gagnée. Mais vu la difficulté du jeu, tenir jusqu’à la fin est déjà un exploit en soi.

La partie est décomposée en 3 chapitres. On aura un objectif lors de chacun d’eux, qui nous permettra d’avoir un petit bonus s’il est rempli (et surtout des ennuis s’il ne l’est pas…). Pour le reste, on doit juste se débrouiller.

Un des objectifs possibles

Les personnages

 

Au début de la partie, on tire 3 personnages au hasard (dont un spécial). Ils ne sont pas assignés à l’un ou l’autre joueur en particulier : tout le monde gère l’ensemble des personnages. Si l’un d’eux meurt, ce n’est rien (du moins d’un point de vue purement technique), la partie continue avec les autres. On aura aussi la possibilité d’accueillir de nouveaux personnages au cours de la partie.

Chaque personnage a des caractéristiques qui lui sont propres. Certains sont doués pour remonter le moral des autres, d’autres ont des talents particuliers pour effectuer certaines actions. De nombreux personnages ont aussi des addictions pouvant devenir très problématiques si l’on n’arrive pas à subvenir à leurs besoins : boire un café de temps en temps ou fumer une cigarette.

Par ailleurs, leur état va changer au fil de la partie : les personnages ont faim au début du jeu, mais petit à petit, ils pourront aussi être fatigués, malades, blessés ou encore perdre leur moral. Différents marqueurs permettent de mesurer la gravité de ces états et limiteront le nombre d’actions que chaque personnage pourra accomplir pendant la journée. Et si leur état se dégrade trop, on sera renvoyé à un épilogue propre au personnage, et ça, ce n’est jamais positif !

Première journée

Chaque journée va être décomposée en plusieurs phases : Matin, Jour, Crépuscule, Nuit et Aube (oui, l’aube devrait être en premier mais c’est une sorte de phase de maintenance et on ne commence donc pas par celle-ci).

Un événements se produira chaque matin (et ici encore, ils sont rarement positifs). Par ailleurs, étant donné que c’est l’hiver, des jetons froid seront ajoutés sur le plateau.

Bon, pour l’exemple, c’est l’un des rares événements positifs 🙂

Pendant la journée, les personnages sont coincés dans leur abri : ils feraient une cible trop facile pour les tireurs embusqués s’ils sortaient. On va donc leur faire faire des actions dans l’abri : le déblayer, ou fouiller les décombres à la recherche de tout ce qui pourrait nous être utile. C’est aussi le moment où l’on va réfléchir à ce que l’on aura besoin de construire : un atelier de métallurgie? Un lit? Un poêle? Nous avons l’embarras du choix mais sommes limités par le nombre d’actions que l’on pourra faire ainsi que par les matières premières dont on dispose. Il faudra donc faire les bons choix rapidement.

Bruno va fouiller les décombres

Et pendant ce temps, on réfléchit à ce que l’on pourrait fabriquer

Pendant la nuit, il va falloir choisir entre se reposer, monter la garde ou aller explorer afin de trouver des choses utiles. L’exploration est très importante mais elle est risquée et fatigue nos personnages. Et peut-on vraiment prendre le risque de laisser notre abri non surveillé? On décide donc pour chaque personnage ce qu’il fait et si quelqu’un est sorti, on passe en phase d’exploration.

Les différentes lieux disponibles
On se rend au supermaché

Il y a en permanence trois lieux accessibles. Plus chaque lieu est loin, moins on aura de temps pour l’explorer. Tout cela est symbolisé par un certain nombre de cartes Exploration que l’on pourra retourner. Ces cartes forment le paquet de l’Inconnu, et on aura régulièrement le choix entre voir plus de choses mais faire du bruit, ou être discret et explorer moins.

Mais faire trop de bruit pourrait nous amener à faire une rencontre, pour le meilleur ou pour le pire…

La piste de bruit
Et sur un mauvais jet de dé, on se retrouve face à des survivants.

Une fois notre collecte terminée, on remplit notre sac à dos (qui est beaucoup trop petit 😉 ) et on retourne à l’abri. Si on le désire, plutôt que de ramener les objets trouvés, on peut collecter de l’eau, des composantes ou du bois, matières premières indispensables ! Nous avons aussi régulièrement l’opportunité de commercer et c’est quelque chose à ne surtout pas négliger même si cela comporte parfois quelques risques.

Plus qu’à décider ce que l’on ramène à la maison

Au retour, on voit si notre abri a été la cible de voleurs ou pas… et on est prêt à se lancer dans la journée suivante.

Petite visite nocturne, on a eu de la chance

On va donc enchaîner ainsi les journées en espérant tracer sa route jusqu’au bout de la partie.

Et comment on gagne?

Si le jeu peut sembler très difficile au premier abord, il est tout à fait possible de remporter la partie en s’adaptant correctement à ce que l’on trouve et en saisissant les quelques opportunités qui s’offrent à nous. Mais il n’y a pas de recette miracle et le jeu peut s’avérer extrêmement injuste (tout comme la guerre) : on peut, alors que la fin de partie est proche, voir l’endroit que l’on explorait bombardé et ainsi perdre plusieurs personnages d’un coup. Pas de chance, ce n’était pas prévisible mais c’est comme ça.

Notre réserve

Maintenant Spoiler Alert voilà mes quelques trucs pour remporter la partie :
Ne pas hésiter à faire manger nos personnages en début de partie afin de pouvoir faire des actions supplémentaires. Ils auront très faim par la suite, mais il sera temps d’y remédier à ce moment là.
– Rapidement déblayer la majeure partie de l’abri. Si ce n’est pas fait lors des 3 ou 4 premiers jours, c’est trop tard.
– Un seul équipement est vraiment indispensable : le lit ! Pour le reste, je pense qu’il faut savoir s’adapter à ce que l’on trouve et aux différents lieux disponibles. J’ai une petite préférence pour l’assommoir, l’atelier et le chauffage, même si j’ai déjà réussi à remporter la partie sans avoir construit le moindre de ces objets. Et si l’atelier est construit, faire des barricades me semble une excellente idée !
– Faire dormir les personnages en journée et un jour sur deux, en essayant d’avoir toujours 3 actions disponibles. Cela permet de collecter plus pendant la nuit et de protéger notre abri efficacement.
– Éviter à tout prix d’être blessé ! Et du coup, ne pas trop se battre.
– Penser à ramener de l’eau lors de collectes.

– Commercer au maximum ! C’est souvent le moyen le plus sûr d’obtenir ce que l’on veut.

Pour le reste, il faut surtout savoir s’adapter et suivre son intuition.
Fin de Spoiler Alert


Mode expérimenté

 

Quand vous aurez réussi plusieurs fois la version normale du jeu, vous pourrez passer à l’autre côté du plateau et au mode expérimenté. Et croyez-moi, il est nettement plus difficile ! La partie supérieure de l’abri peut être la cible de tireurs embusqués, les meubles sont très difficiles à atteindre et on perd beaucoup de temps à déblayer des gravats sans rien trouver d’utile lors des premiers tours. Jusqu’à présent, je n’ai remporté la victoire qu’une seule fois de ce côté du plateau alors que je réussis sans trop de problème de l’autre côté.


Mon avis

C’est un jeu que j’adore, probablement un des jeux sur lesquels j’ai passé le plus de temps l’an passé (et certainement mon jeu solo le plus joué). Pour moi, les grands points positifs sont l’immersion, le réalisme, la difficulté et la rejouabilité. Et pourtant, les jeux de guerre et tout ce qui est un peu trash, c’est pas spécialement mon truc à la base. Mais comme ce n’est pas un jeu de guerre et que c’est hyper réaliste, ça me botte !

Miam, un bon repas !

On peut en revanche être freiné par la façon de gérer les règles (moi je trouve ça super mais je comprends que cela puisse déranger), par le thème (surtout que vu le réalisme, il faut parfois s’accrocher) et par la longueur du jeu : généralement il faut environ deux ou 3 heures pour perdre. Si on veut gagner, je mets 5 ou 6 heures en solo, et il faut une dizaine d’heures en jouant à plusieurs.
Mais heureusement, il y a un excellent système de sauvegarde, une fois.
 

La fiche de sauvegarde

Voilà, j’espère vous avoir donné envie d’y jouer ! D’ici peu, je vous proposerai une petite vidéo de découverte de ce jeu pour laquelle votre avis sera important ! Continuez de nous suivre pour avoir toutes les infos à ce sujet.

A bientôt,

Maxence


Fiche technique 
Auteurs : Michal Oracz et Jakub Wisniewski
Editeur : Edge
Distributeur : Asmodee
Age : +18 ans
Joueurs : 1 à 6
Prix conseillé : +/- 60€

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