Coups de Cœur

Bella Vista

Et si vous deviez reconstruire le centre de Paris, Rome ou New York ? Vous avez carte blanche… ou presque. Le Maire a quelques petites recommandations à vous faire, évidemment. Et surtout, il faudra vous assurer que tout cela soit rentable, malgré la rude concurrence de vos adversaires qui ont eux aussi répondu à l’appel d’offres ! Voilà pour le pitch de Bella Vista. Si vous voulez savoir si ce jeu est fait pour vous, suivez-moi, je vous en présente les principes ci-dessous et ensuite je vous livre mon avis.

La couverture de Bella Vista, sobre et qui cache bien son jeu !

Les principes de Bella Vista

Dans Bella Vista, les joueurs incarnent des architectes chargés de développer une agréable ville faite de quartiers résidentiels, de parcs et de rivières. Tour après tour, chacun va placer ses bâtiments sur le plateau commun afin de remplir des contrats lucratifs, optimiser les objectifs de fin de partie… et surtout gérer intelligemment sa position dans l’ordre du tour. Car dans Bella Vista, construire en premier offre souvent les meilleurs emplacements, mais cela a un coût.

Un tour de jeu

La partie se déroule en huit tours, chacun divisé en trois phases : l’offre, la construction et la préparation du tour suivant.

Phase 1 : les offres

Au début de chaque tour, les joueurs vont miser pour déterminer leur ordre de construction. Dans l’ordre indiqué sous le plateau d’offre, chaque joueur choisit un emplacement disponible et paie immédiatement son coût en pièces. Plus un emplacement est situé à gauche, plus il garantit une priorité élevée lors de la phase de construction… mais plus il est cher.

Le plateau Mairie de Bella Vista
Le plateau Mairie, avec les ordres du Maire, les cartes des bâtiments construits ce tour-ci au dessus, et l’ordre du choix en dessous. A gauche, les objectifs de hauteur (en rouge) et de lotissement (en bleu) pour la partie

Une fois son emplacement choisi, le joueur y place, face cachée, l’une des trois cartes Construction de sa main. Cette carte correspond au bâtiment qu’il construira ensuite.

Tout le sel du jeu repose ici sur ce dilemme permanent : faut-il dépenser beaucoup pour obtenir le meilleur emplacement possible, ou économiser son argent au risque de laisser les adversaires s’emparer des positions les plus intéressantes ?

Phase 2 : la construction

Une fois toutes les offres réalisées, les cartes sont révélées dans l’ordre des emplacements choisis. Les joueurs construisent alors leurs bâtiments un par un.

Chaque bâtiment possède une taille spécifique, allant de 1 à 8 cases. Pour le placer, il faut respecter la contrainte imposée ce tour-ci par la mairie. Ces contraintes varient constamment :

  • construire dans certains quartiers précis ;
  • être adjacent à un parc ;
  • éviter les rivières ;
  • ne pas construire en bordure de la ville ;
  • etc.

Le plateau devient rapidement un véritable puzzle urbain où chaque espace libre prend de la valeur.

Une ville de Bella Vista en fin de partie
La ville prend vie au fur et à mesure de la partie, différente à chaque fois !

Une fois son bâtiment placé, le joueur gagne des pièces selon son environnement immédiat :

  • 1 pièce pour chaque bâtiment adjacent plus petit ;
  • un bonus de 3 pièces supplémentaires si son bâtiment est strictement le plus grand parmi ses voisins… ou s’il est totalement isolé.

Le placement des bâtiments devient donc un subtil équilibre entre expansion territoriale et optimisation économique.

Les contrats et les ensembles

Après avoir construit, un joueur peut également récupérer une carte Contrat s’il remplit ses conditions. Ces contrats récompensent différentes stratégies de construction :

  • posséder plusieurs bâtiments dans un même quartier ;
  • construire à cheval entre plusieurs quartiers ;
  • bâtir en bordure de la ville ;
  • être adjacent à des parcs ou des rivières ;
  • etc.

Chaque contrat rapporte des pièces en fin de partie et oriente progressivement les choix de placement des joueurs.

Quelques cartes objectifs de Bella Vista
Quelques objectifs à remplir : avoir quatre bâtiments au bord du plateau, deux bâtiments à cheval entre deux quartiers, un bâtiment dans chacun des deux quartiers jaunes, et un bâtiment dans chacun des quatre quartiers pleins

En parallèle, Bella Vista valorise aussi la création d’ensembles de bâtiments adjacents appartenant à un même joueur. Selon les objectifs tirés en début de partie, il peut être intéressant de développer de grands groupes continus… ou au moins d’éviter les bâtiments isolés, de construire en bordure de rivière ou de parcs…

Phase 3 : préparation du tour suivant

Une fois tous les bâtiments placés, l’ordre du tour du prochain round est réorganisé. Les cartes Construction jouées sont replacées sous le plateau d’offre selon la taille des bâtiments construits : les plus petits bâtiments joueront en premier au tour suivant. Construire un grand bâtiment permet donc souvent de prendre de la place immédiatement… mais risque de faire perdre l’initiative pour la suite.

Chaque joueur repioche ensuite une carte Construction afin de revenir à trois cartes en main. Les contrats disponibles sont renouvelés et une nouvelle contrainte de construction est révélée.

Cette mécanique crée une dynamique très fluide, où l’ordre du tour évolue constamment selon les choix des joueurs.

Fin de partie et décompte

La partie s’achève après le huitième tour, lorsque tous les bâtiments ont été construits.

Les joueurs procèdent alors au décompte final en ajoutant à leur réserve de pièces les bonus apportés par les deux objectifs communs révélés en début de partie :

  • un objectif de hauteur, récompensant par exemple les bâtiments adjacents aux parcs, aux rivières ou placés en bordure selon leur taille ;
  • un objectif d’ensemble, valorisant les groupes de bâtiments connectés ou pénalisant les bâtiments isolés.

Les joueurs ajoutent ensuite les valeurs de toutes leurs cartes Contrat validées durant la partie.

Le joueur possédant le plus grand total de pièces remporte la partie. En cas d’égalité, la victoire revient au joueur possédant le plus grand ensemble de bâtiments connectés. Si l’égalité persiste, les joueurs concernés se partagent la victoire.

Sous ses airs accessibles, Bella Vista propose ainsi un jeu de placement particulièrement malin, où la gestion de l’ordre du tour et l’optimisation spatiale s’entremêlent constamment.

Mon verdict

J’aime beaucoup les city-building (il suffit d’aller lire mon avis sur Tower Up pour s’en convaincre). Alors quand on a croisé Bella Vista au détour d’une table de Ludinord, on a forcément été attirés ! Car ce qu’on remarque en premier, c’est sa belle présence sur une table de jeu. Mais au delà, est-ce que le jeu est bon ? De notre côté, c’est un grand oui !

Un soupçon d’enchère, une pointe d’opportunisme et une touche de hasard

Bella Vista possède des règles simples, tout en étant très tactique et interactif. Son système d’enchère pour l’ordre de placement demande de bien doser ses investissements. J’aime beaucoup les jeux dans lesquels la ressource principale (ici l’argent) est aussi la condition de victoire. Ca amène une tension permanente sur ses choix. Il faut constamment évaluer le jeu de ses adversaires pour identifier les opportunités, comme un objectif à réclamer, une position cruciale à occuper, … Comme la victoire se joue souvent à quelques pièces, un investissement peu judicieux sur l’ordre du tour peut vite changer la donne !

L’incertitude sur le tirage de ses cartes bâtiments et sur les ordres du Maire donne une petite touche de prise de risque. Elle contribue aussi au renouvellement des parties et donne une teinte plus familiale au jeu. Les aficionados du contrôle pesteront parfois sur une contrainte qui leur vole leur coup décisif. Mais pour ma part ce n’est pas dérangeant dans un jeu de ce format, avec des parties plutôt courtes.

Bella Vista brille vraiment à quatre ou deux joueurs. A deux joueurs on joue essentiellement avec le matériel de deux couleurs chacun. Tandis que le jeu à trois demande de petits aménagements. Rien de bien méchant, mais on sent que le jeu est fait pour quatre avant tout.

Un matériel et une édition au top

Et comme je disais plus haut, la qualité de l’édition est superbe. Les bâtiments 3D en carton épais sont du plus bel effet (et sont déjà montés et rangés dans la boite !). Les plans de ville proposés offrent déjà un beau renouvellement des parties, qu’on peut étendre à l’infini avec ses propres dispositions. La boîte elle-même offre une solution de rangement à la fois belle et pratique, avec un compartiment tiroir similaire à celui de Leader, du même éditeur.

Le système de rangement à tiroir de Bella Vista
Dès la première ouverture de la boite, tout est monté et proprement rangé, prêt à jouer.

Le mot de la fin

Bella Vista est un jeu de construction de ville superbement édité. Son beau matériel attirera les joueurs occasionnels autour du plateau, et son gameplay plaira aussi aux joueurs plus aguerris. Parfait pour rassembler les joueurs de tout horizon autour de la table ! C’est notre petit chouchou du moment qu’on emmène partout pour le faire découvrir aux amis.

Fiche technique

Conception: Bruno Cathala, Andrea Mainini
Illustration: Cyrille Bertin, Léa Menard
Édition: Studio H
Distribution : Gigamic
Joueurs: 2-4
Age: 10+
Durée: 30-45 minutes

Auteur / autrice

  • Jeux préférés : les jeux de gestion (Scythe, Terraforming Mars, Brass Birmingham, Res Arcana, Barrage, Great Western, Ark Nova, …), les jeux solo (Apex Theropod Deckbuilding, Nemo’s War, 7th Continent, …)
    Autres centres d’intérêt : sciences, chats
    Caractéristique : adore l’optimisation aux p’tits oignons, et oublie toujours le petit grain de sable qui va tout mettre par terre
    Citation favorite : « On ne s’arrête pas de jouer parce qu’on devient vieux; on devient vieux parce qu’on s’arrête de jouer. » George Bernard Shaw
    Instagram : @serialbgamer

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