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Belaad, La Contrée de la Plume et de l’Epée

C’est au festival de Cannes que j’ai fait la rencontre de Belaad. J’ai directement été attiré par le thème et le matériel. Après un pitch du jeu, je me suis dit que ce jeu était clairement un banger méconnu et qu’il fallait que je vous en parle. Cependant, il me fallait avant tout le tester, parce que tout n’était pas spécialement claire à la lecture des règles.

Le concept de Belaad

Belaad est un jeu semi-asymétrique de gestion d’actions et d’achat de cartes, se jouant en équipe. En effet, chaque joueur sera affilié au royaume ou au peuple et va pouvoir agir avec les autres dans l’objectif de recruter un maximum de cartes érudits et de scorer avec les symboles dessus.

Dans le cas où vous seriez un nombre impair, une 3e faction entrera dans le jeu: celle des assassins. une faction particulière car elle ne voudra pas recruter des érudits, mais les assassiner. Un seul joueur incarnera cette faction particulière.

Le jeu Belaad, plonger en Perse

L’univers de Belaad

Belaad se déroule dans l’âge d’or de la Perse. Une région prospère où fleurissent les scientifiques et les inventions. Le royaume a bien compris l’importance des érudits pour augmenter la puissance et la richesse de la civilisation. Le peuple aussi, mais plus pour augmenter son confort et l’aider dans sa vie quotidienne. Dans l’ombre, l’ordre de Haschischin (les Assassins) pense que le savoir ne pourra être que perverti par le royaume, trop égoïste, ou par le peuple, pas assez futé. L’ordre pense donc qu’il faut assassiner les érudits pour éviter que leurs idées se répandent.

Dans le livre des règles, tout un chapitre est consacré aux érudits illustrant les cartes du jeu. car chacun a réellement existé et a eu une impact sur la civilisation du Moyen-orient.

C’est dans ce climat tendu que les joueurs vont devoir scorer pour leur parti. Utilisant des personnages influents de leur faction pour gagner de l’or, recruter des érudits et combattre les factions adverses. « De la plume et de l’épée » est le sous-titre parfait pour comprendre qu’on va en effet parler de science, mais aussi devoir s’imposer par la force.

Mise en place

On va mettre en jeu les 5 personnages du royaume et les 5 personnages du peuple au centre de la table. En effet, ces personnages seront partagés par tous les joueurs d’une faction. Les joueurs seront répartis de sorte que 1 joueur sur 2 soit d’une faction et entouré de joueurs de la faction opposée.

On défausse définitivement 10 érudits et on place 5 érudits du paquet restant au centre de la table, c’est la première génération.
On change de génération d’érudits quand il n’en reste plus que 2 disponibles et on va jouer 4 générations d’érudits.

Chaque joueur reçoit 4 cartes action et 1 pièce d’or et 1 sceau royal.
On crée 3 paquets de cartes action, face visible. Ce sont les 3 pioches pour refaire sa main à 4 cartes.

Belaad, les personnages du royaume
Voici les personnages qui vont servir pour le camp du Royaume

Un tour de jeu

Durant votre tour de jeu, vous allez jouer une carte action et faire les actions qui sont dessus. Chaque carte action a une action primaire, gratuite, et une action secondaire, optionnelle et payante d’un coût variable.

Il y a des actions simples, comme « gagner des pièces d’or » ou « gagner des blocs d’amélioration » mais aussi des actions dont l’icone fait référence à un des personnages de notre faction. Dans ce cas, on va gagner 1 + autant d’amélioration présentes sur le personnage. Parmi les actions des personnages, on peut gagner de l’or depuis la banque, mais aussi en voler à un adversaire, combattre un adversaire, améliorer un des personnages ou simplement acheter une carte érudit.
Une aide de jeu détaille toutes les actions et elle est assez claire pour ne pas devoir tout détailler à l’explication du jeu.

Quand on améliore un personnage, on tire des jetons d’amélioration au hasard dans un sac. Donc on ne sait pas a priori ce qui va être amélioré. Dans le sac, il y a également des jetons orange, qui peuvent améliorer le personnage qu’on désire ou utiliser sa capacité spéciale. Cette dernière est, je ne le cache pas, assez puissante.

Les assassins n’ont que 4 personnages, car ils ne peuvent pas recruter. Ils ont l’objectif de tuer via le maître de l’ordre.

Fin de partie

La partie se termine quand le 3e érudit du 4e Âge est recruté. On compte alors les points du royaume et du peuple en comptant le nombre de livres sur les cartes érudits. Certains érudits vont aussi demander de payer un coût pour augmenter les livres obtenus, d’autres vont combiner leur spécialité de manière exponentielle à l’image des symboles science de 7 Wonders.

Si l’ordre des assassins est dans la partie, il peut terminer la partie avant, en assassinant des érudits et en les activant, posant un jeton d’amélioration du symbole correspondant sur l’érudit. S’il obtient ainsi un total de 6 livres, ou plus, il gagne instantanément la partie.

Belaad, les érudits
Un exemple d’érudits pour scorer à Belaad

Mon avis sur Belaad

Belaad est clairement un jeu qui ne m’a pas laissé indifférent. Et j’ai des choses à vous en dire.
Il pèche de certains défauts, sans pour autant qu’ils soient critiques. Ces défauts sont même une obligation au concept du jeu.

Dans tous les cas, sachez que j’y ai pris plaisir et que j’ai voulu prendre mon temps pour tester plusieurs configurations, car chaque configuration a changé mon ressenti de la partie.

Une belle immersion

Le thème est vraiment génial.
De par le matériel, les illustrations et les mécaniques de luttes de pouvoirs, on se retrouve vraiment bien dans le thème.

Les illustrations sont sublimes, il n’y a vraiment rien à y redire.

Une montée en puissance, mais une chute vertigineuse

J’ai vraiment bien aimé la mécanique d’amélioration des personnages. Elle donne une vraie pression sur l’adversaire.
En augmentant les personnages de notre camp, on les rend bien plus efficaces. Mais l’adversaire peut les tuer via un combat, ou via une tête de mort directement sur une carte action. Ce qui n’a pour effet que de retirer toutes les améliorations, rassurez-vous, mais un effet qui met à néant tous les efforts fournis pour renforcer son jeu.

C’est surtout sur ce pan de jeu que les assassins ont toute leur importance. Ils doivent tuer les autres, et leur prendre des marqueurs d’amélioration pour « activer » leurs érudits assassinés. Ils sont donc d’un côté obligés de perturber le jeu des autres joueurs, et d’un autre, cela les arrange bien.
Jouer les assassins, c’est vraiment pour le joueur le plus agressif autour de la table. Il y prendra un malin plaisir.

Un jeu à 6 joueurs ?

J’ai testé le jeu à 6 joueurs, et oui, il se joue à ce nombre. Mais il tire en longueur avec les moments de concertation et de découverte. Honnêtement, je doute que cela soit la configuration optimale, je ne vous la conseille pas pour une première partie. C’est pas ainsi que vous allez apprécier le jeu dans toute sa splendeur.

À 4 joueurs, on a l’avantage de partager les ressources et de rendre les vols un peu plus compliqués. C’est une façon de se défendre. Surtout du pouvoir de vol du Shérif, personnage du royaume, qui permet de voler toutes les pièces d’or d’un joueur.

À 2 joueurs on est seul, dans un duel où le vol peut s’avérer crucial et où on fait souvent tourner la cagnotte de pièces d’or.

Du coup, même si je ne suis pas séduit par la version « 6 joueurs » du jeu, je suis quand même impressionné par le fait qu’il tourne avec beaucoup de configurations différentes, et qu’il procure aussi des sensations très différentes selon le nombre de joueurs autour de la table.

Belaad, les personnages améliorés
En plaçant les tokens sur les personnages, ils deviennent plus forts, mais sont aussi des proies de choix pour vos adversaires.

Si vous êtes impairs, la faction de l’Ordre des Assassins entre en jeu

C’est aussi ce qui donne de la flexibilité au jeu: la présence d’une 3e faction, jouée par le joueur qui casse la parité. Plutôt que de perdre la balance des joueurs jouant les 2 factions, le jeu ajoute une 3e faction dont le rôle est clair, perturber le jeu.

Les Assassins vont devoir tuer des érudits (et non les recruter) et les « activer » en se battant contre les joueurs pour récupérer leur token d’amélioration (correspondant à l’érudit à activer).
Ce n’est pas une mince affaire, et on va directement attirer l’attention et la méfiance des 2 autres factions. On sort du duel tendu pour se retrouver dans une partie où on va devoir plus réfléchir aux combats à mener.

Les assassins sont donc particuliers et leur montée en puissance est encore plus terrible avec les cartes Hashash qui donnent une action supplémentaire en échange de pièces d’or. Ils courent encore plus donc après l’or, mais c’est tellement puissant de pouvoir empêcher les autres de jouer une action, ou de pouvoir rejouer un tour complet même si c’est cher payé.

Belaad le plateau des assassins
L’ordre des assassins n’a que 4 personnages. En effet, ils n’ont pas besoin d’un recruteur. Par contre, ils peuvent avoir des actions bonus liées à leurs personnages

C’est donc à 3 que j’ai pris le plus de plaisir à ce jeu.

Un jeu glorifiant le savoir, mais ayant une grosse dimension de combat

Un personnage du peuple confère un bonus militaire permanent quand il est activé, +3 en attaquant, +4 en défendant. Clairement un pouvoir qui n’est pas anodin. Ce qui fait que certains joueurs peuvent aimer jouer des combats pour marquer des points. Car gagner un combat en tant qu’attaquant permet de scorer de 2 à 4 points de victoire.

Mais cette façon de jouer peut être frustrante. Si un joueur domine militairement, il peut facilement repousser l’autre dans ses retranchements dans cette répétition de combats.
En plus, les combats sont assez aléatoires car piocher une tête de mort met le joueur immédiatement en défaite. C’est un stop ou encore très punitif. Mais même si c’est jouer avec le feu, cette stratégie s’est avérée assez rentable autour de mes tables de jeu.
Et ce même si on n’a pas joué l’ordre des assassins.

Donc même si le jeu met en avant les savants du Moyen-Orient, il n’occulte pas le côté très violent et cruel de l’époque. À mon avis, c’est pour cela qu’il est estampillé 14 ans et plus.

Un jeu chronophage

Par contre, je ne vais pas vous le cacher: les parties sont assez longues. Le temps de s’installer, de se faire détruire par l’autre, de se réinstaller, … puis d’économiser de l’argent, pour faire des achats d’érudits, mais dépenser aussi pour faire des actions, et finir par se faire voler, …

Tous ces rebondissements font trainer le jeu en longueur. Encore plus quand il ne reste que 3 érudits dans le pool de recrutement et qu’aucun n’apporte beaucoup de points de victoire. On est frileux, on se dit qu’en acheter un, c’est risquer de laisser une belle opportunité à l’autre. Donc on se bat, en attendant que l’autre camp craque dans une guerre d’usure.
Bref, c’est le risque à courir pour ce jeu.

Rien n’est jamais perdu ou gagné. L’art de la Remontada

C’est une bien grande phrase, mais quand même assez vraie pour ce jeu.

Les combats peuvent être remportés, même si on démarre avec un gros retard sur l’autre. En vrai, perdre, c’est juste tirer la mauvaise carte. Avec un peu de chance, on peut tirer 5 bonnes cartes et laisser à l’autre le déplaisir de tirer la tête de mort immédiatement.

Le fait aussi de pouvoir tuer sans passer par des combats permet de faire perdre à l’autre tous les avantages et de faire table rase pour rééquilibrer le jeu.

Bref, c’est un jeu où il ne faut jamais lâcher prise. Le nombre de points en fin de partie n’est pas très élevé, et donc une remontada est toujours bien possible.

Mais le hasard fait l’Histoire

Oh ça oui, il y a une grande part de hasard dans ce jeu. Il faut aussi aimer faire avec.

Pour nos cartes d’actions, certes on choisit parmi 3 choix, mais quand on veut de l’or et qu’aucune n’en propose, on temporise, on joue avec autre chose. Et si un de nos personnages peut nous procurer de l’or, s’il n’est qu’au niveau 1, ça ne sera qu’une pièce et notre avancée sera freinée.

Les personnages sont améliorés aussi de manière aléatoire, par tirage au sort dans un sac. De nouveau, il faut faire avec. Mais quand on a des employés, on ne sait pas non plus gérer leurs améliorations. Ils évoluent à leur rythme.

Les combats sont aussi totalement basés sur la chance. Personne n’est sûr à 100% de remporter la bataille. Mais c’est aussi ce qui met une tension lors des guerres.

Je vous le dis, car cette facette rebute, mais personnellement, je n’ai pas été si frustré par ce côté-là. On a des alternatives, même si elles ne sont que moyennement efficaces parfois.

Fiche technique de Belaad

Auteur : Ehsan Nazarzadeh
Edition : Don’t Panic Games
Illustration
: Davood Diba, Kamyar Nasirifar
Nombre de joueurs : 2 à 6
Durée : 45 minutes
Âge : 14+
Jeu offert par Don’t Panic Games, merci à eux!

Belaad en bref

Belaad est un jeu qui nous plonge dans une époque, mais aussi dans une lutte tendue entre les joueurs. Facile à appréhender les règles, mais long à mettre notre jeu en place. La part aléatoire va faire de chacune de vos parties un défi.

Un jeu où rien n’est joué à l’avance, et où on a le temps de comprendre avant de gagner.

Auteur / autrice

  • Jonathan

    Jeux préférés : Elysium, Seeders – Exodus, Dicium, Euphoria, La Gloire De Rome, Scythe, Colt Express, Smash up
    Autres centres d’intérêt : mangas, littérature générale, impro, animation, découvrir de nouvelles choses tout simplement
    Caractéristiques : A toujours trop peu d’étagères pour ranger ses jeux et ses livres. Toujours prêt à s’engager et à se surbooker, mais il veut tout tester.

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