Coups de Cœur / Duo

Kanal

L’Allemagne du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle, a besoin de vous ! La région du Brandebourg se développe à toute vitesse, à vous de prendre les commandes de cette transformation pour y établir les industries les plus florissantes et y implanter les voies de communication les plus efficaces.

Ah ça, dès le pitch, on devine le jeu qui sent la poussière de charbon et la chaleur des hauts-fourneaux. Sorti en VO en 2023 sous le nom d’Oranienburger Kanal chez Spielworxx, Kanal est réédité en français en 2024 par Sylex. Kanal est il un simple retour aux sources des bons vieux jeux de gestion de ressources industriels, ou amène-t-il un vent de fraîcheur dans cette catégorie ? C’est ce que je vous propose de découvrir avec moi dans l’article ci-dessous, où je vous présente d’abord brièvement les principes du jeu, avant de vous livrer mon avis.

On sent bien qu’on ne va pas élever des licornes quand on voit la boite de Kanal

Principes du jeu

Dans Kanal, chaque joueur est chargé de développer sa propre zone industrielle en y érigeant bâtiments et infrastructures. Mais il ne suffit pas d’accumuler les constructions : toute la subtilité réside dans la manière dont elles s’articulent entre elles pour former un réseau cohérent et efficace.

Une manche de Kanal

La partie se déroule en une succession de manches. Lors de chacune d’elles, les joueurs sélectionnent alternativement un des sept emplacements d’action sur le plateau commun. Ces actions permettent principalement de :

  • construire un nouveau bâtiment ;
  • développer son réseau de transport (chemins, routes, voies ferrées, canaux et ponts) ;
  • acquérir les matériaux nécessaires aux futures constructions.
Le plateau avec les sept actions du jeu. Les trois actions supérieures de droite sont découvertes au fur et à mesure que le jeu avance quand les tas de bâtiments s’épuisent.

Chaque emplacement d’action ne peut être utilisé qu’une seule fois par manche. Certains accumulent des thalers (la monnaie du jeu) lorsqu’ils sont délaissés, offrant ainsi une compensation financière aux joueurs qui les sélectionneront plus tard.

Les mécaniques

L’un des mécanismes les plus originaux de Kanal est sa roue des matériaux. Les ressources de base (bois, argile et charbon) servent non seulement à payer certains coûts de construction, mais peuvent également être transformées en matériaux plus précieux (acier et pierre) en faisant tourner la roue. Chaque rotation de la roue des matériaux convertit ainsi un bois, une argile et un charbon en une pierre et un acier. Ces matériaux sont indispensables pour les constructions plus avancées (comme les routes en pierre et les voies de chemin de fer). Cette conversion peut être effectuée gratuitement une fois en fin de chaque manche, mais peut aussi être déclenchée moyennant un coût en thalers, constituant un véritable casse-tête de gestion, puisqu’il faut constamment anticiper ses besoins tout en optimisant ses réserves.

La roue de ressources, le coeur stratégique de Kanal. Le stock de charbon et de métal est plein, c’est le moment de construire !

Le placement des bâtiments représente l’autre grande richesse du jeu. Chaque construction possède un pouvoir propre, mais celui-ci ne s’active que lorsque le bâtiment est correctement intégré à votre réseau : une première fois lorsqu’il est entièrement entouré des voies de communication appropriées, puis une seconde lorsqu’il est relié à deux bâtiments voisins par des ponts. Construire n’est donc que la première étape ; tout l’enjeu consiste ensuite à faire évoluer progressivement votre quartier industriel afin de déclencher ces effets au moment le plus opportun.

Cette imbrication permanente entre développement du réseau, gestion des ressources et optimisation des activations donne à Kanal une saveur très « rosenbergienne ». Chaque décision semble anodine lorsqu’on la prend, mais ses conséquences se répercutent plusieurs manches plus tard. Il faut sans cesse préparer l’avenir tout en restant suffisamment flexible pour s’adapter aux bâtiments disponibles et aux actions laissées par son adversaire.

Fin de partie

La fin de partie est déclenchée lorsque la dernière carte du paquet de bâtiments est révélée : la manche suivante devient alors l’ultime manche de la partie. Les joueurs disposent encore de cette dernière occasion pour développer leur zone industrielle avant le décompte final.

Le score final correspond aux points de prestige accumulés durant la partie, auxquels viennent s’ajouter plusieurs éléments :

  • les points de prestige imprimés sur les bâtiments construits ;
  • les thalers encore en réserve ;
  • les quantités restantes d’acier et de pierre ;
  • la plus faible quantité parmi le bois, l’argile et le charbon encore stockés ;
  • chaque route, voie ferrée et canal présents sur le plateau personnel (les chemins ne rapportent pas de points) ;
  • une pénalité d’un point pour chaque emplacement de voie resté vide.
Un plateau joueur en fin de partie. On n’est pas pénalisé pour les bâtiments non construits, mais bien pour les voies de communication vides.

Le joueur totalisant le plus de points de prestige remporte la partie. En cas d’égalité, on départage successivement les joueurs en comparant le nombre d’emplacements de voies inoccupés, puis le nombre d’emplacements de bâtiments vides, ensuite la quantité d’acier et de pierre, et enfin la quantité de bois, d’argile et de charbon restantes.

Mon verdict

Pour en revenir à la question du début de cet article, Kanal apporte-t-il un vent de fraîcheur dans les jeux de gestion de ressources à deux joueurs, ma réponse est un grand oui !

Alors oui, on retrouve dans Kanal des mécaniques d’autres jeux de Rosenberg. Le placement d’ouvriers tendu d’Agricola 2 joueurs, les decks d’Agricola, les contraintes de placement des pièces de Caverne contre Caverne, une ébauche de la roue de ressources dans Ora & Labora, etc. Mais l’agencement de ces mécaniques connues, et l’introduction de nouvelles, comme la double activation conditionnelle des bâtiments, délivrent un jeu aux sensations inédites.

Les bénéfices de l’activation d’un bâtiment étant en général conditionnés à la présence de voies de communication spécifiques autour de ce dernier ou sur l’ensemble du plateau, la dimension spatiale est particulièrement importante. Il faut soigneusement planifier ses constructions et l’extension de son réseau pour en tirer le maximum d’avantages.

De même, le timing est également très important. Rien de plus frustrant que d’activer un bâtiment qui fait gagner des ressources alors que le stock correspondant est déjà plein. A l’inverse, une planification soigneuse permet de déclencher des combos extrêmement satisfaisants, une seule action pouvant parfois entrainer deux ou trois activations de bâtiments. En cela, le système des marqueurs d’activation est très pratique pour se souvenir de ce qui a déjà été réalisé.

En outre, les bâtiments sont groupés en différents sets, à la manière des decks d’Agricola. Sachant qu’au cours d’une partie, on n’utilise pas l’entièreté des bâtiments d’un set, et que la boite contient six sets de 54 bâtiments chacun, le renouvellement des parties est assuré pour un bon moment !

A noter que le jeu offre aussi un mode solo, mais je ne l’ai pas joué dans cette configuration.

Le mot de la fin

Comme vous l’avez deviné, j’ai beaucoup aimé cet aspect de casse-tête d’optimisation qu’offre Kanal. Parmi les jeux duos de Uwe Rosenberg, il occupe plutôt le haut de l’échelle en termes de complexité, tout en restant fluide à jouer. Un excellent jeu à sortir quand on a envie d’un petit challenge en couple ! Il a pris la première place du podium des jeux de duel d’Uwe Rosenberg à la maison en tous cas.

Fiche technique

Conception: Uwe Rosenberg
Illustration: Crocotame, Mariya Georgieva
Édition: Sylex
Joueurs: 1-2
Age: 12+
Durée: 45 minutes

Auteur / autrice

  • Jeux préférés : les jeux de gestion (Scythe, Terraforming Mars, Brass Birmingham, Res Arcana, Barrage, Great Western, Ark Nova, …), les jeux solo (Apex Theropod Deckbuilding, Nemo’s War, 7th Continent, …)
    Autres centres d’intérêt : sciences, chats
    Caractéristique : adore l’optimisation aux p’tits oignons, et oublie toujours le petit grain de sable qui va tout mettre par terre
    Citation favorite : « On ne s’arrête pas de jouer parce qu’on devient vieux; on devient vieux parce qu’on s’arrête de jouer. » George Bernard Shaw
    Instagram : @serialbgamer

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