Cicéron, le jeu
Comment ne pas directement être attiré par cette boite Cicéronesque, qui sent tellement bon la Rome Antique ? Oui, c’est un sujet que j’affectionne après 6 ans de latin, cela ne s’oublie pas. Alors on va directement plonger à l’Epoque de Cicéron, César et Pompée pour un jeu qui promet d’être un jeu expert et stratégique à souhait.
Ave Belgae, qui lusuri sunt vos salutant ! Une fois !
Le concept de Cicéron
Nous allons incarner une des femmes maitresses de familles influentes de Rome dans les années 50 avant JC.
Notre objectif sera de jouer de notre influence sur les divers guildes et castes de Rome pour augmenter le prestige de la famille et devenir la famille la plus prestigieuse de Rome, et donc la plus puissante.
Pour marquer ces Points de Prestige (PP), on devra gérer ses sénateurs au sein de son cénacle, obtenir des majorités au sein des guildes et des castes et aider à l’effort de guerre en envoyant des troupes. Le tout en s’assurant de pouvoir répondre aux exigences de Cicéron pour lutter contre la corruption romaine.

Installation de Cicéron
Cicéron se présente avec un grand plateau central représentant magnifiquement Rome et ses quartiers. Chaque quartier a un paquet de cartes d’actions à piocher durant la partie, et 2 emplacements pour placer ses meeples-serviteurs. Les cartes ont des effets directement liés au quartier dont elles sont issues. En bas à gauche, nous avons le Forum pour recruter nos sénateurs et en bas à droite les exigences de Cicéron et du Triumvirat pour la guerre.
Autour du plateau on retrouve les PP des joueurs. On commence à 10, pour avoir quelque chose à perdre, mais on pourrait aller en négatif.
Chaque joueur aura un plateau personnel, avec la représentation de la femme de pouvoir qu’ils incarnent et une échelle d’influence sur laquelle il vont placer des cubes pour représenter leurs niveau d’influence. L’influence représentera en quelque sorte, les ressources dans ce jeu, et servira à acheter des sénateurs ou payer des actions.
Tour de jeu de Cicéron
Il y a beaucoup d’étapes dans un tour de jeu de Cicéron, selon la carte d’aide de jeu, mais je vous rassure, s’il y a 11 étapes, c’est surtout parce qu’elles sont détaillées. Je ne vais pas entrer autant dans le détail ici, mon but étant surtout de vous faire comprendre les principes du jeu.
- Election du Princeps : Les joueurs vont voter à chaque tour pour un Pinceps. Il sera le premier joueur mais aussi celui qui tranchera les égalités. Après débat, chaque joueur votera en son âme et conscience pour un autre ou pour lui-même donnant ainsi un nombre de voix équivalent à l’influence de tous ses sénateurs (nombre en bas au milieu). Le joueur avec le plus de voix sera donc Princeps.
- On dévoile l’exigence de Cicéron : Pour l’instant, on en prend juste connaissance. On sait qu’il va exiger 2 influences parmi 4, ou 1 sénateur parmi 2 castes (ou perdre 10 PP). A nous de prévoir la suite.
- On place ses serviteurs et on joue les actions : A tour de rôle, le joueur actif va placer son meeple sur une case libre sur le plateau central. Il va alors pouvoir faire l’action principale et les autres joueurs, feront l’action secondaire.
Il y a 2 types d’action différentes : Soit on se pose sur un quartier, le joueur actif va pouvoir prendre une carte et augmenter son niveau d’influence de la couleur du quartier, les autres devront choisir entre la carte ou l’influence. La 2eme action du quartier permettra de jouer une carte de sa main, au lieu de piocher. Si on pose un serviteur au sénat, le joueur actif prendra 4 cartes et pourra jouer jusqu’à 2 sénateurs en payant leur coût. Les autres joueurs piocheront 2 cartes et pourront en jouer une en la payant, s’ils le désirent. Attention que votre cénacle, de base, a une taille maximum de 4 sénateurs. - On répond à l’exigence de Cicéron : On l’a vu en phase 3, maintenant on paie.
- On dévoile et répond immédiatement à l’exigence du Triumvirat : Il va exiger un certain nombre de troupes sur la carte de l’Europe. Si on ne les a pas, tous ensemble, on devra re-payer le tribut de Cicéron, mais en choisissant l’autre coût que celui payé à l’étape précédente.
- On offre 6 PP au joueur qui est majoritaire dans une caste, par caste, et 3 PP à celui qui est second majoritaire. C’est là que le Princeps va partager les égalités et donner les points comme bon lui semble.
- On offre soit 3 PP soit un effet de carte aux joueurs majoritaires pour les guildes. Ici pas de second. De nouveau le Princeps va trancher les égalités.
- On gagne les PP des cartes sénateurs si les conditions sont remplies (présence de guildes au sein du cénacle).
On joue ainsi 5 tours (4 tours à 5 joueurs).
Bien sur, ce que je ne vous ai pas encore dit, c’est que dans les actions vous pourrez agrandir votre cénacle, tuer ou voler des sénateurs ou de l’influence, ect. En politique, tous les coups sont permis.

Fin de la partie
La fin de partie est rapide, car on regarde celui qui a le plus de PP, et il a gagné. Pas de retournement de dernière minute.
Mon avis sur Cicéron
Vous vouliez un jeu bien politique ? Je l’espère parce que c’est clairement ce que vous allez avoir.
Interactions à gogo, promesses et sales coups, calcul pour profiter au maximum des situations, … tout y est. Un jeu très complet et complètement immersif. J’ai adoré.
Interactions au top
Au début, je vous l’avoue, nous étions un peu « timides » parce que les interactions sont assez violentes (tuer un autre sénateur, par exemple). Mais à un moment, il fallu y aller. Nous n’avions en vrai que 4 occasions de jouer nos cartes (4 tours de jeu, nous étions 5 joueurs). Et au final, cela n’a fait qu’ouvrir les hostilités.
Vengeance et alliances se sont mêlées pour pouvoir truander et neutraliser les autres.
Un jeu aux sensations très politique
Chapeau pour l’immersion dans la politique romaine. On y retrouve vraiment toutes les castes de l’époque, des Plébéiens aux Oratores. Et les sensations en jeu transcrivent bien les alliances et les conflits d’intérêt que peuvent générer le milieu politique antique.
C’est aussi ce qui m’a fait hésiter à jouer des actions négatives sur le Princeps. Je savais qu’il allait pouvoir me nuire si il y avait des égalités dans ma défaveur. Mais aussi le fait qu’il s’est mis en alliance avec un autre joueur ayant beaucoup de voix avec ses sénateurs. Pour cela, je pense que le jeu à 5 joueurs permet d’avoir plus de retournements de veste. Parce qu’à 4, on aura, je pense, vite 2 équipes politiques, avec des préaccords électoraux. (toute ressemblance avec la vie politique belge est … peut-être pas si fortuite en fait).

Attention : ressources précieuses ou majorités sénatoriales
La difficulté de ce jeu, en plus de gérer les autres joueurs et leur susceptibilité, c’est de gérer ses « ressources, son influence en somme.
Durant l’action dans les quartiers, nous pouvons récupérer autant d’influence que nos sénateurs de la couleur correspondante en génère. Donc pour avoir en fin de partie assez de ressources pour jouer des actions, ou contenter Cicéron, nous devrions avoir un cénacle avec des sénateurs de diverses castes. MAIS si on veut scorer des PP, on doit aussi avoir des majorités avec nos sénateurs. Et c’est là qu’il faut jouer intelligent (et c’est aussi là que je me suis foiré à ma première partie, j’avoue).
Je pense qu’il faut gérer les majorités en économisant les ressources des castes absentes de notre cénacle. Quitte à ne pas pouvoir jouer toutes les cartes actions, l’important est de les jouer au moment opportun surtout. Par contre, les PP sont essentiels à la victoire, et pour cela, les majorités et les points obtenus par les sénateurs sont hyper rentables.
Pas de temps mort
Le fait que le joueur actif prenne les actions pour lui, mais laisse la possibilité aux autres joueurs de faire la même action, minorée, fait qu’on se sente toujours actif. Même si bien sur, le joueur actif aura tout intérêt à aller vers l’action « jouer une carte » que les autres n’ont pas, les temps où on n’a vraiment rien à faire sont rares.
En plus, si l’autre joueur a pris l’action qu’on voulait, on ne s’en retrouve pas trop pénalisé, car on peut quand même faire l’action à demi.
J’aime beaucoup ces jeux où on doit être toujours au taquet. Où le tour d’un autre joueur ne signifie pas juste « patience et inactivité ».
Des illustrations immersives
Oui, il faut que je vous parle des illustrations. Les dessins et les visuels sont criants de vérité et nous plongent vraiment dans l’Antiquité romaine.
Le trait et la forme, tout est vraiment ce qu’on attend d’un livre sur la Rome Antique. Et bien ici, nous l’avons dans un jeu. En lisant les règles dans le bus, des gens ont cru que j’étudiais mon histoire. C’est excellent.

Un peu dommage que certains sénateurs aient exactement la même illustration (mais des noms différents). Mais je comprends que faire plein de visuels différents aurait été laborieux.
Apprendre en s’amusant
J’avoue que j’ai craint un thème plaqué sur un système de jeu, mais pas du tout. Le thème est clairement central au jeu, et j’y retrouve les composants de la Rome Antique que j’ai étudié à l’école. Les castes, les quartiers, le principe politique de république « semi-démocratique » et les arrangements qu’il peut générer. Le contexte aussi, avec la guerre du Triumvirat, qui est également à gérer. Même si ce dernier n’est pas d’une très grande difficulté, j’avoue.
Plus qu’un objet ludique, c’est aussi une réelle façon de s’intéresser à l’Histoire. Et j’adore ça.
Fiche Technique de Cicéron
Auteur : François Delbosc
Illustrateur : Ann&seb
Éditeur : Sweet Games
Distribution : l’Antre Jeux
Nombre de joueurs : 2 – 5 joueurs
Durée : Environ 90 minutes
Âge : À partir de 14 ans
Jeu offert par Sweet Games, merci à eux !
Cicéron en Bref
Cicéron est donc un très bon jeu, de politique et de gestion, dans lequel il faut penser ses cartes et ses ressources sur le long terme. Mais aussi gérer humainement ses adversaires autant que de les neutraliser avec des effets de cartes.
On ne s’ennuie pas, parce qu’il y a très peu de temps mort. Chaque action jouée, permet aux autres joueurs de réagir aussi.
Le thème est immersif, et les sensations sont très intéressantes et agréables. Autant Ludique que pédagogique.

-
-
5 jours
TaggedDuo, Gestion de ressources, Pose d'ouvriers, Sylex